Histoire de la famille Lebloys du limousin

Documents d'archives

Les premiers Lebloys

- 21novembre 1689 - Donation de Jean et Jacques Lebloys en vue du mariage de Mathurine Gay, page 1 - page 2 - texte

- Mai 1699 - Acte de Mathurine Gay, page 1 - page 2

- 28 janvier 1690 - Acte de François Arouet, père de Voltaire, notaire royale à Paris, page 1 - page 2 - page 3 - détail signature - portrait de Francois Arouet - texte

- 20 janvier 1712 - Testament de Jacques Dalesme, époux de Marguerite Lebloys, page 1 - page 2 - texte

Léonard Leblois

- 27 vendémiaire de l'an III: Levée d'écrou de Léonard Leblois par le comité de Sureté Générale et de Surveillance de la Convention Nationale - page 1 - page 2

- 8 thermidor de l'an II : délibération portant l'arrêt du citoyen Léonard Leblois des Roziers par le Comité de Surveillance et Révolutionnaire de la commune de Tarn-Vienne - page 1 - page 2

- 1er frimaire de l'an III : Certificat de civisme - page 1 - page 2

- 20 fructidor de l'an II : Certificat de civisme - page 1 - page 2

- L'an XI : Documents relatifs à l'achat de 2 domaines à La Tour, 1 domaine au Theilland et une préclôture au Bourg - page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 - 13 - 14 - 15 - 16 - 17 - 18

Antoine-Hippolyte Lebloys

-21 juin 1838 - Passe port à l'Intérieur de Madame Lebloys

-non daté : projet architectural du Fraisseix

- 1835 à 1839 : Certificats de situation hypothécaire

- 1767 à 1862 : Titres relatifs à la propriété de Roziers - page 1 - page 2

- 6 mai 1791 (Jean de la Tour - Bouty) : Liste des terres - page 1 - page 2 - page 3 - page 4

- 11 septembre 1812 : Ordre de marche et nomination au 3éme bataillon de Sapeurs

- 15 décembre 1814 : Licenciement de l'Armée

- 20 décembre 1814 : Attestation de Service à l'Armée d'Italie

- 18 janvier 1816 : Nomintion de Médecin à la maison centrale de Limoges

- 8 octobre 1819 : Accusé de réception du Ministère de l'Intérieur (Mémoire sur la situation des aliénés)

- 1835 à 1839 - situation hypothécaire - page 1, page 2, page 3, page 4

- 16 mai 1875 - faire-part de décès de Marguerite-Dayzi Lebloy

Ernest Lebloys

- livre "Plus de réaction, plus de révolutions" - 1859 (4 Mo)

- livre "Critique du gouvernement français ou Quel gouvernement remplacera l'Empire" par Etienne Marcel (pseudo utilisé par Ernest Lebloys - 1862 (5 Mo)

- 13 mai 1848 - certificat de civisme

- 3 juillet 1867 - lettre de Garibaldi

- 9 décembre 1853 - accusé de réception de saisie domiciliaire

- ? - arrestation intempestives

- ? - lettre ?

- 1 janvier 1866 - lettre de Charles Baudelaire

- 13 septembre 1870 - ordre du Colonel de Sillègue

- ? Publication "Le Soldat Loup-Garou" - page 1 - page 2

- 27 janvier 1871 : Feuille de route des Amis de Paris - page 1 - page 2

- 31 janvier 1871 - télégramme d'un chef d'Etat-Major

- 11 septembre 1870 - arrêté de nomination de Maire de Roziers

- 24 octobre 1871 - lettre de Ernest Lebloys aux membres du Conseil Général de Haute-Vienne - page 1 - page 2

- 21 avril 1872 - faire-part de décès de Ernest Lebloys

Famille alliées

-15 mai 1819 : Testament de Joséphine Gros

- 22 novembre 1821 : Testament de Mad. veuve Delacoste

- 5 thermidor de l'an II : Lettre de M. Soubran à M. Leblois concernant le commerce de café de St-Domingue - en tête - page 1 - page 2

- 9 février 1826 - Succession de Jean-François Pétiniaud - vente de maisons - page 1 - page 2 - page 3

- 22 juin 1826 : Procès de Saint-Domingue - famille Robert de Rigoulène - page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - 12 - 13 - 14

- 1832 : Famille Pétiniaud - Convention à propos de la vente de l'Hôtel 4, boulevard de la Madeleine à Paris -page 1 - page 2 - page 3 - page 4

 

 

 

Mon lien de parenté avec la famille Lebloys, s'établit par Marie Isabelle Joséphine Jamagne (1839-1922), épouse de Ernest Lebloys (1824-1872). En effet, Marie Isabelle était la soeur de Joséphine Jamagne (1836-1910), épouse de Guillaume Janssens (1837-vers 1887)(mes grand-parents de la cinquième génération).La famille Lebloys s'est éteinte avec ma cousine Ernestine en 1934; les biens de la famille, dont le château du Fraisseix (ou Freysseix), revinrent en héritage à mon grand-père et à ses frères et cousins germains.Mes grand-parents, ainsi que mon papa, ont continué a allé passer certaines vacances d'été à Roziers-Saint-Georges pendant quelques années. En 1955, le château fut revendu à la famille Lavauzelle de Limoges. Cette famille en est toujours propriétaire et mets la demeure en location pour des séjours.

 

Le personnage le plus connu de la famille fut très certainement Ernest Lebloys (1824-1872) qui, malgré ses origines nobles, a tout sacrifié à ses rêves socialistes. Il était ouvrier typographe à Limoges et il fut à l'origine de la création des premières organisations d'ouvriers en Haute-Vienne, qui donneront naissance à Limoges en 1895 à la création de la CGT (Confédération Générale du Travail). Ses activités démocratiques et républicaines ne plairont pas à Napoléon III qui s'empressera de l'exiler. Il partira donc comme proscrit à Bruxelles où il rencontrera son épouse, Marie Jamagne. Il y fréquentera de nombreux autres proscrit républicains exilés comme lui : Charles Baudelaire, Victor Hugo, Félicien Rops, Louis Blanc, Georges Sand... Cette période bruxelloise fut pour lui l'occassion d'écrire plusieurs textes et pamphlets. Certaines de ces publications décrivent assez précisement son projet politique.

Depuis cette période et jusqu'à la fin de sa vie, il fut, au côté de Louis Blanc et de l'avocat Alfred Talandier, un des fondateurs de l'idée démocrate-socialiste en France et du Parti Socialiste français. Son amitié avec Pierre Leroux a également précisé son projet républicain, celui d'un socialisme utopique. Enfin, Il fut régulièrement en contact avec Philippe Faure, animateur à Paris des Cercles de propagande socialiste.

Il rentrera de son exile en 1860 pour rejoindre son château du Fraisseix. Il continuera de participer à la vie politique de son pays. En 1870, il sera nommé maire de Roziers Saint Georges, village étant le berceau limousin de la famille depuis le milieu du 18éme siècle. A cette période il eu encore de nombreux contacts avec des républicains de différents pays (Garibaldi,...).

Enfin, il s'est également révelés comme homme de guerre en organisant à ses frais une compagnie de francs-tireurs "les amis de Paris", avec comme devise : "La République ou la mort". Cette compagnie participa, entre autre, à la guerre Franco-Allemande de 1870-71 (bataille de Patay-Orléans en décembre 1870 et du Mans en janvier 1871).

HISTOIRE

La famille Lebloys n’est certainement pas originaire du Limousin. Les premiers dans nos archives personnels étaient domiciliés à Paris, sur le quai petit Pont (paroisse de St-Germain le Vieil) au XVIIéme siècle.

D’après un généalogiste qui, à l’autre siècle, avait fait des offres de service à la famille, l’origine du nom doit se trouver dans l’ouest de la France (Anjou, Basse-Bretagne, Vendée). Aujourd'hui, on retouve principalement ce patronyme en Haute-Vienne et en second lieu dans la Loire-Atlantique. Serait-ce l'origine du nom ?

Des recherches patronymiques sur Internet nous apprenne qu'il a existé une branche Le Bloys (ou Le Blois) dans la région de Saint-Nazaire (diocèse de Nantes) au début du 17éme siècle (arbre généalogique de Claude Rivard sur geneanet) et à la fin du 16éme siècle (arbre généalogique de Marguerite Cabon-Messager sur geneanet).
Pour la branche qui nous concerne, quand on en retrouve la trace, les Lebloys sont « marchands bourgeois papetiers » à Paris.
Il semble qu’ils aient choisi le Limousin afin de se faire producteurs de papier, qu’ils soient venus à Saint-Léonard y rechercher ce qui était courant : des moulins à papier. C’est plus exactement à Farebout que l’on trouvera trace des deux moulins.

Carte de Cassini de la région de Limoges et de Roziers Saint Georges


Ils s’y établiront, s’y marieront ; des familles illustres de Saint-Léonard feront alliance avec eux, les Daniel (qui deviendront "les Daniel (de) Lamazière"), les Gay (illustrés, entre autre, par le physicien Gay-Lussac), les Dalesme ou d'Alesme (illustrés par des juristes et des généraux).

Ils développeront leur commerce et au papier ajouteront le drap. Les affaires prospèrent.

***

Un riche mariage avec Jeanne Dalesme, petite fille d’un riche seigneur du Bordelais, et apparenté aux Nicolas de La Reynie (seigneur de Traslage), entre autre Gabriel Nicolas de la Reynie, à qui le police française doit une constitution un peu ordonnée. Cette alliance procurera à la famille Lebloys de nouveaux biens, dont ils ne sauront que faire, si ce n’est racheter un fief à des seigneurs désargentés.

Il s’agit du fief de Roziers-Saint-Georges et de ses droits de haute, moyenne et basse justice qu’ils ont acquis des comtes de la Carbonnière, noblesse des croisades, seigneurs de Mongeoffre et Saint-Denis-des-Murs (bourg situé à quelques kilomètres de Roziers-Saint-Georges).

Nous sommes en 1767, mais ils ne prêteront hommage à leur suzerain, Louis XVI, roi de France et vicomte de Limoges, que le 8 juin 1789. Il était temps … de payer les 56 livres seize sols six deniers que cette foy et hommage lige leur coûtaient.

Les voilà donc au faîte de la puissance, ajoutant de surcroît une particule à leur nom de famille : il s’agit maintenant et, pour moins d’un siècle, des Lebloys de Roziers. Ils ne seront démentis que par Ernest, leur descendant qui, par esprit démocratique, renoncera à ces aristocratiques ajoutes.

 Gabriel Nicolas de La Reynie (1625 Limoges-1709 Paris) - Lieutenant général de Police de Paris sous Louis XIV (1667) et Conseiller d'Etat (1686).

Louis Joseph Gay-Lussac (1778 Saint Léonard de Noblat – 1850 Paris), Chimiste et physicien français, connu pour ses études sur les propriétés des gaz.

Le commerce ne les tente plus toutefois ; la décadence va commencer. Ils feront des études universitaires et achètent une belle bibliothèque qui, au XVIIIème siècle ne peut être que celle des encyclopédistes et l’on y trouve en bonne place Voltaire, Rousseau, l’Encyclopédie, Helvétius aux côtés des ouvrages juridiques du temps.
La Révolution qui ne fait pas trop de dégâts en Limousin, ne les touche guère, et l’avocat d’ancien régime deviendra vite juge de paix de Tarn-sur-Vienne (Saint-Léonard-de-Noblat).
Leurs alliances sont de petite noblesse ou de bonne bourgeoisie.
La rupture dans l’histoire de la famille fut apportée par le dernier ou presque de ses fils : Ernest. Celui-ci est d’esprit démocratique, patriotique et socialiste.
« Ernest, Lebloys, que les rapports de police dépeignent assez impartialement comme idéaliste, intelligent, mais ayant tout sacrifié à ses rêves socialistes. » (Dr Auguste Piallov : Le coup d'Etat du 2 décembre 1851).
Ce fils de famille, ayant fait un mariage démocratique conforme à ses principes, est considéré comme un précurseur, ou même un fondateur du socialisme en Limousin. Socialisme pré-marxiste, mais socialisme tout de même. Successivement ouvrier typographe (l’aristocratie des premiers syndicalistes), simple soldat, exilé, écrivain, il revient à Roziers un peu avant la guerre de 1870, tout juste pour y être nommé Maire après la défaite. Mais pas pour longtemps car il refuse de s’incliner et fonde à ses frais une compagnie républicaine pour aller se battre contre les Allemands, mais en vain. Il revient alors auprès des siens (« il aimait mieux sa patrie que sa famille », disait amèrement sa fille) pour y mourir peu de temps après un accident dont les circonstances n’ont jamais été bien établies.
« Ernest Lebloys devait plus tard se révéler homme de guerre. En 1870, il avait organisé à ses frais une compagnie de francs-tireurs, " les Amis de Paris ", avec comme devise : " La République ou la mort. " Il participa aux combats de Patay et Le Mans, entre autres. Il est probable qu'avec un tel chef la résistance républicaine eut été plus sérieuse dans la région, mais il était à l'époque exilé en Belgique, d'où il ne rentra qu'en 1860 » (Dr Auguste Piallov : Le coup d'Etat du 2 décembre 1851).

« Ernest Lebloys repose maintenant dans le petit cimetière de Roziers-Saint-Georges. Derrière la pierre montante, une inscription commémore son souvenir : Petits enfants et habitants de Roziers qui passez devant ce caveau patiné par le temps, sachez que cet homme, tout comme les héros du 2 décembre 1851, a bien mérité de la République. Sa famille est partie du Fraisseix de Roziers, mais dans cette commune le souvenir reste et à Saint-Léonard je pense que le souvenir de Lebloys est associé à celui de Denis Dussoubs, tué à Paris le 4 décembre 1851, Jeanty Sarre, et Charpentier de Bellecour » (Dr Auguste Piallov : Le coup d'Etat du 2 décembre 1851).
Le dernier descendant mâle de la famille mourra en 1885, à la suite d’une courte maladie qui brisa net une carrière universitaire de naturaliste qui s’annonçait brillante.
Sa mère lui survivra, ainsi que sa sœur dont la mort en 1934 marquera définitivement la fin de la famille.
Les derniers cousins, très lointain, du nom de Lebloys, ne sont pas connus après le début du XIXème siècle. En 1807, deux frères sont signalés, l’un Antoine est prêtre au Temple (Gironde) et l’autre habite toujours à St-Léonard. On a perdu sa trace.

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Les trois premiers Lebloys se distinguent mal car il y a certainement des confusions de prénoms, assez courantes à l’époque et l’on ne sait jamais tout à fait déceler dans les actes s’ils s’appellent Jean ou Jacques.
Les deux premiers étaient marchands à Paris mais possédaient des biens à St-Léonard. L’on n’a aucune précision sur la femme du premier, si ce n’est qu’elle s’appelait Jacquette Fournier ; il se remariera sans doute après le décès de cette dernière. Par contre, on sait que la femme du second était limousine ; elle s’appelait Marguerite Daniel. Ils eurent probablement cinq enfants :

  1. Jacques ou Jean, dont nous reparlerons,
  2. Louys, dont la descendance masculine existait encore au XIXéme siècle,
  3. Françoise, épouse de Jean du Moulard,
  4. Paule, épouse de Jean du Puybeby ; qui aura trois fils : Martial, Léonard et Jacques,
  5. Barbe, épouse Beaude.

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Nous pouvons donc revenir au premier de ces enfants :
Jacques ou Jean, époux de Mathurine Gay.
Le mariage fut célébré en 1689 et, à cette occasion, le père Lebloys fit donation à son fils de ses moulins à papier de la Gabie ou Farebout. C’est probablement une tradition de les transmettre par mariage car Mathurine Gay, restée veuve, les transmettra en 1718 à son fils Léonard à l’occasion de son mariage. Puis, Léonard les transmettra, pour cause de mariage toujours, à son fils Simon en 1761. Il n’y a toutefois plus qu’un seul moulin signalé à ce moment.
Quand à Jacques, nous n’en savons rien d’autre si ce n’est qu’il est mort assassiné en 1695 par un cabaretier s’appelant Léonard du Mongeoffre, dit Pernaud, nom prédestiné …

 

Lebloys, papetiers du Limousin

Cette partie du texte sur les papetiers du Limousin est en grande partie tirée d’une étude très précise et bien documentée de M. Coussot (voir le très beau site http://www.papetiers-filigranes.eu/index.html).

Le moulin du Grand (ou petit ?) Farebout situé en Saint-Léonard appartint pendant plusieurs décennies à la famille Lebloys. Ce moulin était situé sur la Vienne ; il avait trois roues, quatorze pelles et une cuve. Les Lebloys (ou Le Bloy) réalisaient du « papier carré au raisin fin ».

Extrait de livre "Bulletin de la Société archéologique et historique du Limousin publié 2003 - A.Bontemps - Limousin (France)" (source Google Livre)

 

carte moulins Saint Leonard de Noblat
Le moulin du Grand Farebout est situé au point n°5 (4-7) de cette carte des moulins de l’arrondissement de Saint-Léonard de Noblat (les points en bleus représente les 22 moulins de l’arrondissement en 1760) – d’après le Procès-verbal fait par Joseph Muret, Inspecteur pour le Roi des manufactures et du commerce (1760)
(Archives Nationales F12 1478)

 

Un arrêté royal de 1739 oblige les maîtres papetiers à imposer une marque personnelle, le nom de la province, la date de fabrication, le type de papier sur chaque feuille de papier fabriquée.
La référence à la province LIMOUSIN (avec des variantes orthographiques) est bien établie sauf pour le papetier DUTHEL de Saint Sulpice Lauriére qui inscrit MARCHE et les papetiers de la région de Tulle qui inscrivent TULLE.

Cette procédure perdurera après 1789 où les papetiers CHAPUT, LEBLOYS, LEBURG et RUCHAUD (Saint Léonard) ajoutent « H VIENNE »
.
filigrane papetier Lebloy
Exemple de filigranes réalisé par le papeier Lebloys vers 1770
filigrane papetier Lebloy 
T VIENNE : soit un H incomplet pour HAUTE VIENNE , soit un T pour TARD-VIENNE , le nom de Saint Léonard sous la Terreur.

Filigranes Limousins

Au XVIIIe siècle, tous les moulins de l'arrondissement de Limoges fabriquent essentiellement du papier dénommé « carré fin raisin » pour l'imprimerie. La marque qui caractérise ce format et cette qualité de feuille est une grappe de raisin. La dimension de la feuille est exprimée en pouce (qui varie d'une région à l'autre). Pour l'arrondissement de Limoges, la dimension officielle du papier carré fin raisin est de 20 pouces ¼ de large et de 16 pouces de haut.

filigrane raisin Papetier : Tandeau, livre format in-12°

 

Léonard

Il fut un honorable « bourgeois et marchand » de la ville de Saint-Léonard « fabricant de papier ». Pour la première fois, on fait mention en 1747 de commerce de drap dans la famille.
Tout n’est pas clair à propos de son ou de ses mariages. Il semble bien qu’il ait convolé deux fois, la première en 1718 avec Catherine Lajournaud (fille de Claude et de Françoise Tardinet), et la deuxième avec Thérèse Ducros, de qui descendra son fils Simon. Il aura également une fille (de quel mariage ?), Geneviève, qui fera ses études à l’abbaye des Alloix et épousera en 1745, François Tardinet. Il héritera de Jean Pichard, chanoine de St-Léonard qui y fut enterré dans la collégiale.

Simon

C’est le dernier marchand et fabricant de la famille.
 On connaît moins de lui que de sa femme, Jeanne Dalesme, qu’il a épousée en 1761. La famille de Jeanne est de fort bonne bourgeoisie et descend de bonne noblesse. Le nom de Dalesme fut illustré par deux jurisconsultes de droit romain et par un général d’empire, dont le nom figure à l’Arc de Triomphe à Paris. Le père de Jeanne était médecin et avait épousé Gabrielle Charlotte d’Alby, de famille noble et qui possédait plusieurs fiefs en Bordelais : Saint-Sulpice-la-pointe, Genouillac, Langon, Chanac et Saint-Bonnet. Le père de Gabrielle, Jean-Robert, était seigneur et baron de Saint-Sulpice-la-pointe (diocèse de Toulouse) en Languedoc. Ses frères, Jacques et Mathieu, moururent sans postérité ; sa sœur, Marie-Gabrielle épousa Jacques de Lansade, seigneur de Chanac (ou Chanat) et de Saint-Bonnet, mais mourut aussi probablement sans postérité. Tous ces défauts de postérité ne manquent pas de produire des effets bénéfiques sur la famille Lebloys, qui ne conserva pas tous ces titres, mais uniquement les rentes. D’autre part, la mère de Gabrielle d’Alby, Anne-Marie Guillaume, était d’excellente famille, elle aussi apparentée aux La Reynie, dont un glorieux parent a fondé ou tout du moins organisé la police française au temps de Louis XIV.
Mais revenons à Simon, notre personnage. Deux évènements ont marqué sa vie : en 1767, l’achat de la terre de Roziers à François de Carbonnières, comte et seigneur de Saint-Denis-des-murs. Celui-ci ne détenait que depuis 1754, la terre de Roziers-Saint-Georges, le château du Fraisseix et les droits de haute, moyenne et basse justice et autres droits seigneuriaux attachés à la dite terre.

Le Fraisseix


Il l’avait acquise à cette époque d’Emmanuel Moulinier de Rozier et de sa sœur Marie-Anne. Les premiers actes relatifs à cette terre remontent à 1566.
Ce n’est que le 8 juin 1789 que Simon prêtera toutefois le serment féodal à son légitime suzerain, le vicomte de Limoges, c’est-à-dire le roi de France. Mais cet hommage n’est plus qu’une formalité fiscale car il se prêtait par procureur au bureau des finances et il y était plus insisté sur la somme à payer, 56 livres 16 sols, 6 deniers, que sur les droits conférés. De l’argent placé en pure perte pour cinquante-sept jours très exactement. Le 4 août 1789, les droits féodaux étaient abolis.

Léonard

C’est le premier intellectuel de la famille.
Il est licencié en droit de l’Université de Toulouse. C’est Louis de Rességuier qui signe en 1783 ses attestations d’inscription.
Il preste serment d’avocat devant le parlement de Bordeaux.
Il se marie alors avec Catherine-Thérèse Robert de Rigoulène en 1789. Celle-ci était de famille créole. Les biens familiaux étaient situés, en plus de ceux du Limousin, à Saint-Domingue (actuellement Haïti), à Jacmel, paroisse du Baynet, domaine de Gandon. C’était une plantation de café surtout, de 264 carreaux de terre et de 68 nègres.
Mais Toussaint Louverture, premier chef de l’état haïtien l’avait exproprié comme tous les biens étrangers et un procès opposa longtemps Catherine-Thérèse à son frère Louis à propos d’une indemnité promise par Louverture mais dont on avait tout lieu de croire qu’elle n’était que promesse politique, donc fictive.
La révolution ne semble d’abord pas toucher Léonard. En mars 1793, il achète encore un domaine au Madet (Roziers-Saint-Georges), quand brusquement, les choses se gâtent et il est arrêté le 8 thermidor de l’an premier de la République par décision du Comité de Surveillance et Révolutionnaire de Tarnvienne (ex Saint-Léonard) et transféré à la prison de Limoges où il reste jusqu’au premier Brumaire de l’an deuxième de la République. Il est donc resté quelques mois sous les verrous. L’année suivante, en II, on le retrouve garde national à Léonard-sur-Vienne (toujours l’ex Saint-Léonard).
En XIII, il achètera encore deux domaines à Latour et celui du Teillaud. Puis on ne saura plus grand’chose de lui, si ce n’est qu’il fut juge de paix à Saint-Léonard. Il l’était encore en 1826.
Il mourut le 15 novembre 1832.

Antoine-Hippolyte

Antoine-Hippolyte est médecin. On ne sait trop quand il naquit, mais ce fut probablement pendant la révolution. La légende rapporte que sa mère fut arrêtée par les révolutionnaires, alors qu’elle était enceinte, et qu’elle fut enfermée dans le cachot du Fraisseix. C’est d’ailleurs, depuis lors, que l’on assure qu’une dame blanche rôde certains soirs autour du Fraisseix.
On ne sait pas non plus où il fit ses études de médecine. On n’en retrouve la trace dans les papiers de famille que de 1812 à 1819, à une exception près. Faut-il en déduire que sa vie réellement active ne dura que 7 ans ?
En 1812,le 11 septembre, il est nommé chirurgien sous-aide au 3éme Bataillon de sapeurs à Alexandrie (Italie). En 1814, le 2 février, il est versé à l’armée d’Italie en tant qu’aide-major et il est attaché à l’hôpital de Vérone. La place est évacuée le 17 mai et il est renvoyé dans ses foyers. En 1816, on le retrouve médecin de la maison centrale de détention de Limoges. Il est aussi médecin à l’asile d’aliénés de Naugeas (Limoges) et, en 1819, il publie un mémoire sur la situation des aliénés dans l’intérieur de la France, et surtout en Haute-Vienne. On le retrouvera plus tard comme Maire de Roziers et médecin-légiste.
Il est mort paralysé d’une congestion probablement, et sans avoir pu prononcer une seule parole. Le fait est important car la tradition rapporte qu’il était seul dépositaire d’un secret important : un trésor aurait été enfoui quelque part à la révolution française. On ne le retrouvera jamais, bien que quelques fouilles aient été faites jusqu’en 1940. Le seul indice était un semblant de geste de la tête du mourant encore lucide mais déjà privé de la parole, par lequel il regardait souvent avec insistance la cheminée du salon.
En 1818, il s’était marié à Jenny Petiniaud. Cette famille est bien connue à Limoges, où l’on se souvient encore de Pétiniaud-Beaupeyrat, maire de Limoges en 1790, qui se ruina à faire venir des grains pour éviter la famine, mais qui malgré cela, fut incarcéré, vit ses biens confisqués et finit simple commis chez un épicier de Bordeaux. Simon Pétiniaud, grand vicaire et Jacques, chanoine, sont morts dans les vaisseaux en rade de Rochefort.
Jenny descendait des Delacoste par sa mère Sophie. Son grand’père, Jean-Aymé Delacoste (1740-1815) fut célèbre et grâce à un mémoire biographique, on possède quelques détails sur sa vie.
Né le 7 juin 1740 à La Rochelle, fils de François-Aymé, capitaine de navire de la marine marchande et de Marie-Magdeleine Micheau, elle-même fille de Jean, notaire royal et de Marie-Jeanne Contant.
Il fit ses humanités de 1750 à 1756 à Niort, chez les pères de l’Oratoire, puis de 1757 à 1758, sa philosophie à Angers chez les mêmes pères, et enfin de 1759 à 1764 ses études de droit à Paris. Il passa deux ans au barreau de Paris, puis retourna à La Rochelle où il cumula le barreau et la fonction publique. En 1768, il est secrétaire d’académie. C’est la Révolution qui va précipiter sa carrière. En 1789, il représente les notables au Tiers-Etat. En 1790, et sur la même année, il est nommé successivement électeur, membre et président de l’administration du département. Il est nommé aussi la même année président du Tribunal civil de La Rochelle. En 1791, il est nommé membre de la première Assemblée législative, et en octobre revient à La Rochelle pour s’y faire nommer procureur. En 1793, il démissionne et reprend sa charge d’avocat. L’année suivante, en l’an III, on le retrouve de nouveau à l’Assemblée legislative, la deuxième, puis en IV au Conseil des Anciens. En VII, il en devient le président, probablement le dernier avant la suppression brutale du 18 brumaire. Le mois suivant sa nomination, il se fait déjà nommer substitut du commissaire du gouvernement près du Tribunal de Cassation et en VIII, il sera nommé juge à ce Tribunal.
Il mourra en septembre 1815 à Paris, en son hôtel du n°10 de la rue du bac. Il avait épousé Marie-Antoinette Gros, fils de François-Michel, maître-fondeur du Roi à Rochefort et de Marie-Antoinette Moreau.

Ernest

C'est le personnage le plus atypique de la famille, celui qui fut l'ami de Baudelaire, Victor Hugo, Georges Sand, P. Leroux, ... lire la suite

Edouard-Hippolyte

Le dernier descendant mâle de la famille. Il promettait beaucoup. Naturaliste diplômé de l’Université de Paris, il y était assistant quand il fut emporté subitement par la maladie en 1885, à l’âge de moins de trente ans. Il était l’ami de Louis Bouvier qui est devenu par la suite un célèbre naturaliste.

Ernestine

La dernière descendante de la famille.

Ernestine Lebloys


Sa vie ne fut pas très heureuse. Son père mourut jeune ; laissant à sa famille beaucoup moins d’opulence qu’il n’en avait lui-même trouvé. La dernière maison de Saint-Léonard a été vendue en 1876, après la mort de la tante Daisy, à Michel-Adrien Mounier, confiseur. Située Place Gay-Lussac, elle était encore, il y a quelques années, la propriété d’un confiseur.


Place Gay-Lussac à Saint Léonard de Noblat au début du 20éme siècle

N’ayant pu se marier par suite d’une mère dominatrice que la mort de son fils allait beaucoup aigrir, elle vécue recluse au Fraisseix aux côtés de la tante Isabelle, dont le caractère n’avait semble-t-il rien d’agréable et qui mourut fort tard, après la guerre de 1914-1918 (en 1922, sans doute).
Et la cousine Ernestine, dont toute la famille put apprécier la bonté au cours de ses séjours d’été, s’éteignit en 1934, mettant ainsi un terme à cette longue lignée des Lebloys.

HISTORIQUE DE LA TERRE DU FRAISSEIX (ou "Freysseix") (sur la carte de Cassini, 1760-1789, on relève le Fraisseix)

Le premier acte qui en parle date du 11 janvier 1566 et qui établit que la terre du Fraisseix appartenait déjà à la famille Moulinier. Si tout permet de dater la construction du château actuel de Louis XIII, il devait donc déjà exister une autre construction avant cette date. On ne sait malheureusement rien de cette famille qui avait dû posséder une certaine fortune puisque la légende a rapporté que le château actuel ne devait être que l’aile centrale d’un ensemble architecturale qui aurait dû comporter deux ailes latérales.
Un seul acte intermédiaire nous est revenu daté du 30 mars 1693, un règlement de comptes entre Jean-Charles de Moulinier et un de ses métayers (Estienne Chaustoux ? Chatou ?).
Le domaine du Fraisseix sortira de la famille le 9 octobre 1754, lorsqu’Emmanuel et Marie-Anne Moulinier le vendront à Melchior de Carbonnières. Mais il semble que ce dernier était déjà créancier de la famille, car une rente avait déjà été constituée en 1741 en faveur de François de Carbonnières (chevalier, marquis de la Capelle-Biron, en Aquitaine), qui l’avait cédée à François Faucher, chirurgien à Roziers-Saint-Georges.
Mais les Carbonnières, seigneurs de Saint-Denis-des-Murs, noblesse de croisade, ne garderont pas longtemps la propriété et la revendront le 24 août 1767 à Simon Lebloys, avec tous les droits de haute, moyenne et basse justice. Ils en profiteront pour payer les 4200 livres de l’aumône dotale d’Henriette de Carbonnières de Saint-Denis aux dames religieuses filles de Notre-Dame de la ville de Saint-Léonard.

D’un point de vue architectural, le Fraisseix est une ferme-chateau construite vers 16e siècle (?) et le 18e siècle (divers éléments d' architecture du 16e siècle ? ; repris dans une construction du 18e siècle) en granit, moellon et enduit et couverte de tuiles plates (cfr Inventaire suivant).

Les caves du Fraisseix sont sont situées dans les anciennes fondations de la demeure et elle dateraient du XIIéme siècle. Un incendie aurait ravagé la totalité du chateau et il aurait été reconstruit sur la base des anciennes fondations.

 

Ci-après, le tableau de description d'inventaire établis par le Ministère de la Culture concernant le château du Fraisseix.

titre

Maison

localisation

Limousin ; 87 ; Roziers-Saint-Georges

lieu-dit

Fraisseix (le)

dénomination

maison

parties constituantes

cour ; jardin ; remise

époque de construction

16e siècle (?) ; 18e siècle

auteur(s)

maître d'oeuvre inconnu

historique

Divers éléments d' architecture du 16e siècle ? ; repris dans une construction du 18e siècle

gros-oeuvre

granite ; moellon ; enduit

couverture (matériau)

tuile plate

étages

sous-sol ; 1 étage carré ; étage de comble

couverture (type)

croupe

escaliers

escalier dans-oeuvre

 

propriété privée

date protection MH

édifice non protégé MH

type d'étude

inventaire topographique

N° notice

IA00031382

 

© Inventaire général, 1986

 

Le Fraisseix

 

Aujourd'hui, le château du Fraisseix est est en location de vacances chez "Villa du Monde"

 

Carte de Cassini : région de Roziers Saint Georges (on notera au Nord-Ouest de Roziers, le Mas Bey et ensuite le Fraisseix)

 

RELEVES RELATIFS AUX DOMAINES DU FRAISSEIX (texte relevé par Guy Janssens) :